Des “murs à sans arrêt gémir”

Drancy – 19 janvier 2010

En s’y promenant, on se dit qu’elle n’a l’air de rien cette vieille cité de Seine-Saint-Denis, pilote au temps de sa construction, dans les années 30.
Une PMI , une Sécu, une épicerie, quelques restos… tout y est… et y’a même un musée !

Cité de la Muette… qui a pourtant tant à dire, tant qu’il paraît qu’il y a de “drôles de voix qui grondent”et des “murs à sans arrêt gémir”. (Jean Guidoni)

Cité de la Muette, à Drancy, d’où partirent pour Auschwitz 67 000 hommes, femmes et enfants… Moins de 2000 en revinrent…

Comment vit-on à La Muette aujourd’hui ?

La ville liftée

2 mars 2011 – Rue Caillé – Paris 18

Je suis retournée rue Caillé. D’autres immeubles sont tombés. Sentiment d’urgence face à ce quartier dévasté. Photographier “pour se souvenir” qu’un jour Paris fut autre chose qu’une ville liftée.Pour la première fois, j’ai la conviction de faire de la photo “engagée” … à contre-courant. Shoot militant.

Rue Caillé 7 octobre 2005

Rue Caillé 20 décembre 2009

Je bleu du noir – photophone

La porte étroite

Fès – Mars 2010

Anas a 20 ans. Il nous accompagne dans les allées du cimetière juif du quartier du Mellah. Il dit la jeunesse marocaine, le manque de travail – parfois un jour ou deux par mois, c’est tout – la crise en Europe, “la faillite de l’unesco”, les citadelles spa japonaises – imprenables- aux portes du désert.

Il dit “ici l’avenir pour les jeunes c’est…” mais il ne parvient pas à trouver le mot en français. Alors il nous montre avec ses mains.

Un tunnel. Une porte étroite.

Ouvriers pénélopes

Fès – Bab Khokha – Mars 2010

Le long d’un mur des hommes attendent, assis sous un soleil de plomb. Devant eux, un seau, des rouleaux, une pelle, une pioche… tout corps de métier.

Combien de temps d’attente -ouvriers pénélopes- pour une heure de travail ?

L’inconfort de la modernité

7 octobre 2005 – Rue Caillié – Paris 18

Monsieur F. a vécu quinze ans à l’Hôtel du Progrès. Bientôt, l’immeuble sera rasé. Il ne sait pas s’il sera relogé… il ne sait pas où il sera relogé.
Il me demande de le prendre en photo “pour me souvenir”

Derrière mon objectif, je n’ai pas eu le cœur de lui demander de sourire, pas eu l’envie de la parole complice, qui déride…

Marcher dans une ville d’Europe…

Paris- 7 octobre 2005

Rue Maubeuge. Un groupe d’hommes a élu “domicile” sous l’auvent d’un immeuble. Récupérant du mobilier de bureau jeté, ils ont aménagé un surréaliste “salon de rue”…
Il sont polonais, ils viennent de Belgique, et sont en France depuis un mois… pour trouver du travail, à l’aube, sur les chantiers…
Au teint ictère de l’un d’entre eux, alité, il y a fort à parier que certains d’entre eux finiront à Lariboisière, si on veut bien les accepter.
Ils me demandent de les prendre en photo: “On est des frères”, me disent-ils… de galère…
Je ne peux m’empêcher d’avoir un pincement au coeur, à la vue de ces gaillards venus en terre promise ( “y a pas mieux qu’ici” ) pour s’y casser les dents…
Lu dans Le Monde ce soir, l’éditorial, suite à la mort des six émigrants africains au feu des barbelés, et des tirs de police espagnols.
“Marcher dans une ville d’Europe… c’est déjà ça” ?

Dix ans dans la médina

Mars 2010 – Fès – Maroc

2010. Ils ont dix ans dans la médina. Et demain, qui seront-ils ?
Artisans, marchands… comme leurs pères, et leurs pères avant eux ?
Endettés dans un petit appartement de la ville nouvelle dont les panneaux publicitaires vantent les joies de la propriété individuelle ?
Peut-être auront-ils un diplôme dont ils ne pourront rien faire.

… Et un talent sous le boisseau…

Je bleu du noir

Juin 2009 – Aubervilliers

Miles Davis. Sans ascenseur pour l’échafaud, juste une échelle, c’est plus tendance, bouleversement durable.
Le dimanche, je flanelle, je tweed un peu.
La semaine, je bleu du noir dans une taule froissée par l’économie de marché.
On m’entreprise éthique en toc, on m’écologise d’un zeste pressé.
Et je bleu du noir, cadence, dans une taule froissée par l’économie de marché.
A ma chaise à la chaîne je m’enchaîne, mais ma chaîne a la chaise électrique ces temps-ci, c’est la crise.
Sans apparat je chute, c’est pas à nous qu’on donne les parachutes.
Maintenant, j’me aiRaiMIse, je eRrhaisSAsse. Je bleu du noir, brisé par l’économie de marché.
Je france d’en bas, sans ascenseur pour l’échafaud, juste une échelle, perfide, aux barreaux brisés par l’économie de marché.